• Subcribe to Our RSS Feed

Votre chien est atteint d’une MALADIE RENALE CHRONIQUE, quel suivi, utile à l’amélioration de sa qualité et de sa durée de vie, pouvez-vous mettre en place?

oct 29, 2013   //   by admin   //   Chien  //  No Comments

Depuis quelques temps, votre chien maigrit et présente un appétit capricieux, il sélectionne sa nourriture. Moins actif, il dort davantage. Il urine davantage et s’oublie parfois à la maison. Vous remplissez plus souvent sa gamelle d’eau car il boit beaucoup plus. Que ce soit suite à un contrôle sanguin et urinaire de routine lors d’une visite vaccinale, à l’occasion d’un bilan pré-anesthésique, à l’occasion d’un bilan sanguin et urinaire d’exploration d’un amaigrissement et/ou d’augmentation de la prise de boisson, ou suite à une crise urémique aiguë : vomissement, diarrhée, votre vétérinaire a diagnostiqué une maladie rénale chronique chez votre chien, quelle surveillance efficace pouvez-vous faire à son retour à votre domicile ?

 

Quelques généralités à propos de la maladie rénale chronique canine :

Si un chien âgé de plus de 15 ans sur 10 est atteint d’une maladie rénale chronique, cette maladie peut atteindre tous les chiens à n’importe quel âge. Cette maladie résulte de la perte irréversible de tissu rénal fonctionnel sans que la cause initiale du processus pathologique soit encore présente et identifiable au moment du diagnostic.  En début d’évolution, l’organisme met en place des systèmes de compensation de l’altération fonctionnelle rénale qui vont stabiliser l’animal. Mais ces mécanismes s’avèrent ensuite délétères et la maladie s’aggrave.

La progression de la maladie rénale chronique canine se fait de façon linéaire et beaucoup plus rapidement que chez le chat.

Plus la détection se fait à un stade avancé, moins le pronostic est bon.

Plus la détection est précoce, plus le traitement est efficace.

L’International Renal Interest Society (IRIS) propose une classification des maladies rénales chroniques à partir de 2 mesures de créatininémie plasmatique, réalisées sur un animal à jeun, hydraté et stabilisé. Quatre stades de gravité croissante sont ainsi identifiés.

Les facteurs de risques de progression rapide de cette maladie sont la protéinurie et l’hypertension artérielle, d’où l’importance de la biologie urinaire (densité, bandelette, RPCU = rapport protéine/créatinine urinaire, culot) et de la mesure de la pression artérielle.  La classification IRIS propose des sous-stades en fonction des valeurs de RPCU et de pression artérielle.

Le but de cette classification est de sensibiliser à la détection précoce de la maladie pour optimiser les résultats thérapeutiques et d’identifier les facteurs de risque de progression rapide pour mieux lutter contre.

De par sa nature irréversible et sa tendance progressive, la maladie rénale chronique est décourageante, mais un suivi médical individualisé tenant compte des particularités de votre chien, de la maladie en elle-même, de vos attentes et de vos contraintes ainsi que de votre vétérinaire peut améliorer la qualité et la durée de vie de votre animal.

 

A propos de la détection précoce :

La néphropathie chronique précoce ne saute typiquement pas aux yeux !

Les bilans sanguins et urinaires annuels de routine à l’occasion de la visite vaccinale prennent dans ce cadre tout leur sens :

–       une baisse de la densité urinaire surtout si elle est associée à une élévation de la créatininémie par rapport à l’année précédente, ce même à l’intérieur de la « norme », peut être très significative d’une perte de la fonction excrétrice. En effet, pour un individu de poids stable, le taux de créatinine varie très peu. Ainsi, peuvent être détectés et soignés avec succès des stades 1.

–       une baisse de la densité urinaire surtout si elle est associée à une protéinurie persistante  (2 à 3 tests à 1 semaine d’intervalle) peut être très significative d’une perte de la fonction excrétrice, une fois la cystite écartée. La recherche d’une protéinurie par bandelette (plus spécifique chez le chien que chez le chat) puis par le dosage du RPCU = rapport protéine/créatinine urinaire est essentielle à la détection des glomérulopathies familiales dans les races suivantes : Beagle, Bouvier Bernois, Bull Terrier, Bullmastiff, Cocker Anglais, Dalmatien, Doberman, Dogue de Bordeaux, Epagneul Breton, Fox terrier, Rottweiller, Samoyede, Shar pei, Terre Neuve, Terrier Islandais à poil doux. Cette recherche est aussi recommandée dans le cadre de suspicion de glomérulopathie associée à une maladie parasitaire comme la Leishmaniose, Babesiose ou infectieuse comme la Borreliose, le pyomètre, la  pyélonéphrite ou une maladie inflammatoire comme le Lupus.

 

A propos des glomérulopathies :

Beaucoup plus fréquentes que chez le chat, elles représentent 50 % des lésions rénales et sont liées à des lésions inflammatoires (glomérulonéphrite) ou au dépôt de substance amyloïde : l’amyloïdose. Une forte protéinurie avec un RPCU>2 les caractérise. La fuite des protéines plasmatiques peut aboutir à un syndrome néphrotique avec épanchement thoracique ou abdominal incolore et/ou œdème des membres. La protéinurie est un facteur de risque de progression rapide de la glomérulopathie et un élément pronostic péjoratif.

Hypertension artérielle, hypercoagulabilité sanguine et azotémie sont des complications fréquentes de la glomérulopathie qui péjorent de pronostic : la moitié des chiens en syndrome néphrotique avec une créatininémie > 15 mg/l vivent moins de 45 jours.

Des cancers tels que lymphome, leucémie, mastocytomes peuvent aussi s’accompagner de glomérulopathie. Certains médicaments comme l’adriamycine ou l’imidocarbe peuvent entrainer des glomérulonéphrites.

Ces maladies se rencontrent généralement chez des chiens de plus de 5 ans.

 

A propos du traitement :

Les objectifs :

-       Stade 1 et 2 : ralentir la progression,

-       Stade 3 et 4 : améliorer la qualité de vie

 

Le traitement de la cause initiale quand elle est identifiée et possible (exemples des glomérulopathies associées à la leishmaniose, à la Babésiose ou à la Borréliose) est  à mettre en place rapidement mais il suffit rarement.

La cortisone est à réserver au traitement du Lupus, dans les autres cas de glomerulonéphrite, à la différence de la médecine humaine, aucun traitement immunosuppressif n’a montré statistiquement d’efficacité, au contraire, la cortisone risque de renforcer l’hypercoagulabilité.

 

L’alimentation = pilier du traitement

Sans alimentation « rénale », un chien insuffisant rénal survit en moyenne 9 mois, avec une alimentation « rénale », 60 % des chiens survivent en moyenne 3 ans (étude JAVMA 2006).

Quelque soit le stade, l’ALIMENTATION adaptée est le pilier du traitement, il existe des aliments industriels adaptés sous forme de croquettes ou de boites. Pour faciliter son acceptation, l’introduire progressivement CHEZ vous (au retour de la clinique) sur 10 à 15 jours.

Mélanger le nouvel aliment à l’ancien en augmentant progressivement la proportion du nouvel aliment et fractionner les repas, au besoin modifier sa température : réchauffer ou refroidir l’aliment pour trouver la préférence de votre chien.

Pour lutter contre la déshydratation, l’aliment humide est à encourager de même que l’encouragement à la prise de boisson, apport passif d’eau sous forme de courgettes cuites à l’eau ou autre légumes, administration de seringues d’eau pour les stades avancés et si votre animal coopère).

Au stade 1 et 2, un aliment sénior, appauvri en protéines et phosphore peut suffire.

En stade 3, pour une urée > 1,5 et une créatinémie entre 25 et 30, on préconise un mélange à part égale d’aliment sénior et d’aliment rénal.
Enfin pour une maladie rénale évoluée, si urée>1,5 et créatinémie > 30, l’aliment rénal sera donné exclusivement.

La diète rénale diminue le risque de développer une crise urémique de 75 % par rapport à un aliment physiologique, elle augmente significativement la durée de survie grâce à la réduction de l’apport en protéines, à la réduction phosphatée, à la réduction sodique, à une haute densité calorique, à l’effet alcalinisant et à l’augmentation de l’apport d’acides gras polyinsaturés n-3.

Mais si votre chien refuse l’aliment qui lui convient, que faire ? 100% des malades rénales ont besoin d’adaptation alimentaire mais 50 % la refuse !

Vous pouvez alors essayer de concocter vous même une ration ménagère :

Exemple pour un chien de 22 kg en MRC :

A fractionner en 3 à 4 repas tièdes :

150 g de viande de bœuf à 15% de matière grasse       

2 cuillères à moka d’huile de colza crue                            

420 g de riz blanc cuit

450 g de légumes verts                               

Complément vitamine et calcium à définir avec votre vétérinaire et une pincée de sel

 

Si l’aliment « rénal » ne suffit pas à faire baisser la phosphatémie après 1 mois d’aliment adapté, le phosphore, étant le vrai ennemi des reins,  devra être  « capturé » par un chélateur prescrit pas votre vétérinaire.
Votre vétérinaire, suivant le stade IRIS de votre chien instaurera peut-être d’autres traitement visant à bloquer les mécanismes d’adaptation rénale à la perte de fonction, mécanismes positifs à court terme et délétères à long terme, en particulier l’activation du système rénine-angiotensine- aldostérone qui entraine une hypertension glomérulaire par un IECA.

Alimentation adaptée à la maladie rénale et IECA visent à ralentir  progression de la maladie.

Votre vétérinaire cherchera aussi à corriger les facteurs  d’aggravation s’ils sont présents : protéines dans les urines (correction très efficace et démontrée par un IECA) et/ou hypertension artérielle (correction par un inhibiteur calcique artérielle ajouté à l’IECA).

Enfin dans les stades avancés, on pensera, avant tout, à la qualité de vie en prévenant par une traitement ciblé, les complications de la crise urémique : perte d’appétit, déshydratation  (par des perfusions régulières), troubles digestifs (par des anti vomitifs, antiulcéreux, anti diarrhéiques) ou les complications d’un syndrome néphrotique : aspirine contre l’hypercoagulabilité, diurétiques d’épargne potassique en cas d’épanchements.

Le schéma de suivi sera défini avec votre vétérinaire, selon vos attentes, en fonction du stade de la maladie rénale de votre chien.

 

Une première visite de contrôle sera réalisée à J0+7 jours en cas d’hypertension ou de protéinurie ou à un mois pour refaire un profil rénal sanguin et urinaire (du, bandelette, culot), mesure de la pression artérielle, hématocrite si les muqueuses sont pâles, échographie si la palpation révèle une déformation rénale.

Si l’animal est stable, on renouvelle le contrôle le mois suivant puis tous les 3 mois en cherchant alors systématiquement les protéines dans les urines par le rapport protéine sur créatinine urinaire.

Pour les stades 3 et 4 donc quand créatininémie >21 ou en cas de syndrome néphrotique, on préconise de rapprocher les visites de contrôles tous les 15 jours.

 

Quels points reflétant la santé rénale pouvez-vous  surveiller à votre domicile ?

 -       Le poids : 2 pesées mensuelles. Tout amaigrissement doit motiver une surveillance et un encouragement de la prise d’aliment : passage des croquettes au boites, fractionnement des repas, changement de température du repas. Un amaigrissement persistant supérieur à 300 g dans la semaine doit entrainer une visite.

-       hydratation : pli de peau, humidité des muqueuses. Une déshydratation s’accompagne souvent d’une perte de poids. Vous pouvez alors réaliser les premiers actes de réhydratation : aliment humide. Vous pouvez aussi compléter sa ration alimentaire par une soupe de légumes ou des courgettes/courges cuite à l’eau. Si votre chien coopère, vous pouvez lui administrer des seringues d’eau dans la bouche. Si votre chien présente encore des muqueuses sèches, si le pli de peau entre les omoplates perd encore de son élasticité ou si ses yeux vous paraissent enfoncés dans les orbites, une visite pour évaluer précisément la déshydratation et surtout pour la corriger par une perfusion intraveineuse si elle est sévère.

 -       prise de boisson : tout changement doit être noté. La consommation d’eau quotidienne normale est jusqu’à 60ml par kg de chien et par jour, un malade rénale peut boire plus de 100 ml par kg et par jour ! Une augmentation de la prise de boisson doit motiver une consultation. Attention, la diminution ou l’arrêt de la prise de boisson peut refléter une crise urémique et elle doit motiver une consultation.

-        prise alimentaire : si la reprise d’appétit est un critère pronostique positif tout baisse d’appétit doit être notée pour aussitôt lutter contre par la mise en œuvre les astuces citées plus haut.

-       Niveau d’activité et état général : un pelage de mauvaise qualité associé à un larmoiement chronique, à des ulcérations buccales et une mauvaise haleine peuvent accompagner cette maladie chronique. Le repérage précoce de ces signes reste un outil précieux pour déclencher les remèdes : larmes artificielles, réhydratation, antiulcéreux, bains de bouche…

 

 

Conclusion du suivi de toute MRC canine : souvent plus grave et d’évolution pus rapide que chez le chat et s’il n’existe pas de remède miracle, un suivi serré de votre part (poids, hydratation, activité, prise alimentaire et prise de boisson) et un suivi régulier chez votre vétérinaire avec une communication soutenue permettent d’adapter le traitement  aux stades et sous stades de la maladie de votre chien de façon à améliorer sa qualité et sa durée de vie.

 

 

 

Leave a comment