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Urgences toxicologiques, que faire ?

mar 24, 2014   //   by admin   //   Chat, Chien, NAC  //  No Comments

Votre animal a ingéré un médicament en quantité excessive, une substance toxique (plante, produit ménager, produit phytosanitaire…), quelle conduite tenir ?

Les intoxications médicamenteuses les plus fréquentes chez le chien sont :

–       les benzodiazépines (= tranquillisants tels que le bromazepam, l’oxazepam…) puis

–       les antiparasitaires externes (permethrine, amitraze, organophophorés = dympilate, organochloré = lindane, carbamates) puis

–       les anti-inflammatoires non stéroïdiens et antalgiques : aspirine (dose toxique = 100 mg/kg/j), ibuprofene (dose toxique = 40 mg/kg/j), carprofène (dose toxique = 160 mg/kg/j), oxicam, paracétamol… puis

–       puis les contraceptifs oraux, la griséofulvine, les sulfamides, le métoclopramide, le lopéramide…

 

Les intoxications médicamenteuses les plus fréquentes chez le chat sont liés aux permethrine, paracétamol et autres antiparasitaires externes :

–       les antiparasitaires externes (permethrine, organophophorés = fenthion, dichlorvos, diazinon , organochloré = lindane,)

–       les anti-inflammatoires non stéroïdiens et antalgiques : aspirine (dose toxique =  25 mg/kg/j), oxicam, paracétamol…

–       puis les tranquillisants, la gentamycine, la lincomycine, le nitroscanate et la griséofulvine

 

Les intoxications par les plantes d’appartement suivantes: Dieffenbachia, Arum, Stathiphyllum, Anthurium, Philodendron, sont très fréquentes chez les carnivores.

Faites boire du lait et consultez.

 

Les intoxications par les plantes suivantes: muguet, Sceau de Salomon, pommier d’amour, ficus sont assez fréquentes chez les carnivores, de même que celles à l’oignon ou l’ail et le raisin (seulement pour le chien) ou au chocolat.

 

Les intoxications au sel sont probablement sous diagnostiquées et peuvent être très sérieuses :

–       l’été avec l’eau de mer, dose toxique = 150ml/kg soit 1 l d’eau de mer pour 7 kg

–       l’hiver avec du sel de déneigement

Faites boire de l’eau à votre animal à volonté

 

Les intoxications par les serpents sont rares : seules 10 % des morsures de serpent sont suivies d’une envenimation et seules 10 % des envenimations sont graves.

Dès l’apparition de douleur, en présence de traces de crochets et surtout dès l’apparition d’un œdème, l’héparinothérapie est indiquée en parallèle au traitement symptomatique et au traitement du choc.

 

Les intoxications par les hyménoptères (guêpe, abeille, bourdon…) sont fréquentes à la belle saison par temps orageux : 20 guêpes peuvent tuer un chien de 5kg ! Que pouvez vous faire ?

-       Vous pouvez approcher l’extrémité incandescente d’une cigarette sur la zone piquée pour calmer la douleur par destruction du venin due à la chaleur.

-       A l’aide d’une pince à épiler, essayer d’extraie le dard sans presser, désinfecter localement et faire un pansement humide au vinaigre (guêpe) ou eau de javel à 10% (abeille)

Les intoxications par les crapauds sont fréquentes chez les jeunes animaux jouant avec des crapauds, le pronostic est très réservé. Lavez abondamment les muqueuses atteintes par le venin à l’eau vinaigrée et consultez.

 

Les intoxications par les chenilles processionnaires suite à l’ingestion ou au contact avec les poils urticants sont fréquentes chez les jeunes animaux au printemps sous les pins ou les chênes, le pronostic est très réservé.

Rincez abondamment la langue, retirer les poils urticants à l’aide d’une compresse humide, appliquez ensuite une compresse à l’eau bicarbonatée pour dénaturer le venin toxique et consultez.

 

Les produits ménagers représentent 8 % des intoxications chez les carnivores domestiques :

–       Pneumopathie d’inhalation constitue le risque majeur suite à l’ingestion de produits moussants

–       Vomissements, irritations de contacts constituent le risque majeur suite à l’ingestion et le contact avec des produits irritants

–       Graves brulures avec les caustiques surtout les bases comme l’eau de javel…

 

L’étiquetage du produit toxique peut renseigner sur la nature du toxique et donc sur la conduite à tenir, on se reporte alors aux conseils écrits ou on appelle le numéro à disposition.

 

Symboles des risques toxiques

Tête de mort = toxique ou très toxique

X ou ! = substance irritante

éprouvette déversant un liquide sur une main= corrosif , caustiue (eau de javel, ammoniaque, soude, potasse, sels de sodium, acide sulfurique …

 

S’il n’y a pas d’étiquetage, le principe est d’éliminer au plus vite la substance toxique de plusieurs façons :

En cas de projection du toxique dans les yeux, avant tout rincer abondamment avec du sérum physiologique et consulter votre vétérinaire.

En cas de contamination cutanée par un toxique, laver abondamment votre animal avec du shampoing ou même du liquide vaisselle jusqu’à disparition de l’odeur et consulter votre vétérinaire.

En cas de toxique ingéré, consulter votre vétérinaire qui décidera selon les cas de

–       faire vomir rapidement et/ou

–       provoquer la « capture » du toxique par un adsorbant (charbon végétal, sorbitol, lait) et/ou

–       éliminer par voie biliaire grâce au charbon végétal ou par voie rénale en perfusant.

 

1°) En cas d’ingestion :

Faire boire du lait, est-ce utile ?

La dilution du toxique par de l’eau, du lait ou du blanc d’œuf battu pour prévenir l’absorption continue  du toxique n’est intéressante que pour les substances irritantes et les plantes suivantes : Dieffenbachia, Arum, Stathiphyllum, Anthurium, Philodendron ( complexant les oxalates solubles dans le tube digestifs) et contre indiquées pour les autres.

 

Quand faire avaler de la mie de pain ou du blanc d’œuf ?

En cas d’ingestion de détergents (lessives, savon ou liquide vaisselle)

 

Faut-il faire vomir l’animal ?

Il est tentant de vouloir faire vomir l’animal afin d’évacuer la substance toxique mais l’intérêt est conditionné par la nature du produit, le moment de l’ingestion et l’état  de l’animal. Le vétérinaire jugera de l’indication.

Pour rappel, ni le lapin ni les rongeurs ne peuvent vomir.

Les vomissements provoqués sont contre-indiqués s’il s’agit de substances irritantes ou caustiques (risque d’extension des lésions), détergents (risque de fausse déglutition lié à la mouse induite), solvants pétroliers type white spirit (risque de bronchopathie par aspiration).

 

Le vomissement provoqué doit généralement intervenir dans l’heure qui suit l’ingestion. Il sera d’autant plus utile que l’estomac sera plein et qu’il s’agit d’une substance solide.

En cas d’ingestion de collier antiparasitaire, les vomissements induits seront intéressants même 24 heures après ingestion.

 

Le charbon végétal, adsorbant des toxiques toujours d’actualité ?

REMARQUABLEMENT EFFICACE, il diminue la résorption digestive de nombreux toxiques. La dose efficace est de 1g par kg et les spécialités d’officines ne sont généralement pas adaptées car trop faiblement dosées.
Le CARBOVITAL spécialité vétérinaire : 5ml/kg administré au plus vite après ingestion du toxique puis renouvelé 6 et 12 heures plus tard sera d’autant plus efficace qu’il sera combiné au sorbitol (SORBITOL DELALANDE, CUREPAR, ORNIPURAL, SORBILAX) 1 à 2g/kg chez le chien.

Le charbon activé est toutefois inefficace avec les métaux lourds (fer, lithium, plomb), les caustiques, l’éthylène glycol, les alcools, les hydrocarbures (boule anti-mite et white spirit)…

Les smectites, montmorillonites ou kaolin, souvent présents dans les pharmacies familiales sont moins intéressants.

 

Comment favoriser l’élimination du toxique ?

Les voies urinaires et biliaires sont les principales voies d’élimination :

voie biliaire : l’administration répétée de charbon augmente significativement l’élimination des médicaments en cas d’intoxication au phénobarbital, à la carbamazepine, aux digitaliques et au piroxicam . Elle est aussi intéressante en cas d’intoxication au chocolat (théobromine)

–       voie urinaire : la mise sous perfusion ou/et l’administration de diurétiques n’est intéressante que pour les toxiques fonctionnels hydrosolubles (métaldéhyde = allume barbecue ou molluscucide), faiblement liés aux protéines plasmatiques, peu de produits toxiques sont finalement concernés. La mise sous perfusion reste toutefois un geste de soutien précieux surtout en cas d’hypotension.

–       L’adjonction de bicarbonate de sodium pour alcaliniser les urines (1à2mEq/kg toutes les 4 heures) est intéressante pour l’intoxication à l’éthylène glycol.

 

2°) Que faire en cas de projection du toxique dans les yeux ?

Un lavage abondant et long (20 à 30 mn) au sérum physiologique ou à l’eau du robinet, si possible a 38 degrés est  à mettre en place le plus rapidement possible.

 

3°) Que faire en cas de chute dans une cuve à hydrocarbure ou de contamination cutanée indésirée ?

Le pelage servant de réservoir, il est impératif d’enlever les poils collés (coupe au ciseau ou tonte), de ramollir cambouis et goudrons avec de la margarine avant de laver abondamment au shampoing ou même au liquide vaisselle jusqu’à disparition de l’odeur.

Attention ! Un toxique cutané n’entraîne pas forcément des manifestations cutanées.

Sécher ensuite soigneusement votre animal sans le frotter trop vigoureusement ni le brûler avec le sèche cheveux.

Empêchez le de se lécher par la pause d’un carcan autour du cou

 

Toxique cutané = règles des 15 :

- lavage dans les 15 mn

- eau a 15 degrés

- pendant au moins 15 mn

 

5°) Traitement symptomatique ou antidote ?

Le traitement symptomatique est toujours mis en œuvre avant d’administrer un antidote quand il existe.

Traitement symptomatique :

supprimer les convulsions pour limiter la souffrance cérébrale

Si vous avez du Valium injectable dans votre pharmacie familiale, vous pouvez injecter grâce a une seringue sans aiguille, dans le rectum : 1 mg/kg toutes les 10 mn

Puis consulter.

assister la fonction cardio-vasculaire pour prévenir l’état de choc par transfusion chez votre vétérinaire si l’hématocrite chute en dessous de 12% ou par perfusion en cas d’hypovolémie  sévère 3 a 5ml/kg de nacl 7,5% en 5mn. La perfusion n’interviendra qu’après contrôle de l’hémorragie si elle est présente.

assister la fonction respiratoire en s’assurant que les voies respiratoires sont bien dégagées.

Selon la gravité des signes, une oxygénothérapie, un analeptique respiratoire et/ ou un corticoïde sera administré par voie veineuse.

lutter contre la douleur surtout pour les intoxications aux convulsivants, acides, bases, eau de javel… Des morphiniques et et des antispasmodiques seront alors indiques.

contrôler la température corporelle : réchauffer en cas d’hypothermie provoquée par le paracetamol, les benzodiazépines, l’éthylène glycol… Le pommier d’amour … Ou refroidir en cas d’hyperthermie associée aux convulsivants, aspirine, gyromitres…

L’administration d’antipyrétiques est contre indiquée en cas d’hyperthermie d’origine toxique.

Quand il existe, le recours à l’antidote est plus efficace que le traitement symptomatique.

Un antidote est une molécule ayant une activité spécifique sur la distribution cellulaire ou l’élimination du toxique et/ou diminuant les effets sur les récepteurs ou les cibles.

Peu de toxiques ont des antidotes :

–       acetylcystéine pour l’intoxication au paracétamol

–       flumazenil pour les benzodiazépines

–       glycopyrrolate/atropine pour l’intoxication au carbamates et organophosphorés, Clitocybe de l’olivier, Inocybe de Patouillard

–       vitamine K1 pour l’intoxication aux anticoagulants (mort aux rats)

–       naloxone pour l’intoxication aux opiacés

–       atipamézole pour l’intoxication à l’amitraze…

–       EDTA calcique pour le plomb

–       Calcium pour les inhibiteurs calcique

–       Dimercaprol pour arsenic, cuivre, mercure, plomb, sels d’or

–       D-penicillamine pur le cuivre

–       EDTA dicobaltique pour le cyanure

–       Déféroxamine pour le fer

–       Oxygène pour le monoxyde de carbonne et les cyanures

–       Ethanol pour l’ethylène glycol le méthanol

–       Pralidoxime pour les organophosphorés

–       Vitamine C pour le paracétamol, les oignons

–       Propanolol pour la théobromine et la thyroxine

–       Glucose pour l’insuline et les sulfamides hypoglycémiants

–       Silibinine pour les amanites…

 

Dans la plupart des cas, le traitement symptomatique reste la règle et peut être efficace à condition que la mise en œuvre soit précoce, adaptée, offensive et suivie.

 

Rappel des plantes toxiques : Dieffenbachia, Arum, Stathiphyllum, Anthurium, Philodendron = intoxication les plus fréquentes pour lesquels l’administration de lait est indiquée. Muguet et Sceau de Salomon ne nécessitent qu’un traitement symptomatique. Autres = Cycas révolta, Euphorbia pulcherrima (poinsettia),  Hydrangea macrophylla (hortensia), Nerium oleander (laurier rose), Rhododendron sp et prunus, Magnolia sp, Erica arborea, Celosai crisata, Acacia dealbata, Ruscus aculeatus, Fushia sp, pommier d’amour, ficus, glands (perfusion abondante et diurétiques indiqués), plus rare = tulipe et jacinthe.

La cellulose, présente dans toutes les plantes, est responsable des symptômes digestifs observés consécutivement à toute ingestion de plante car elle n’est pas digérée par les carnivores. Suivant la toxicité de la plante ingérée et la quantité, les symptômes seront digestifs, cutanés, nerveux, rénaux, cardiovasculaires ou autres.

Rappel des champignons toxiques : Clitocybe de l’olivier, Inocybe de Patouillard, amanite tue mouche, amanite panthère, autre amanites, Galérines, Lépiotes, Psilocybe, Panaeolus, Strophoria, Conocybe, Copelanfia, Gymnophilus… L’intoxication aux champignons est rare.
Pour en savoir plus : www.tacheron.com, http://mycorance.free.fr, www.atlas-des-champignons.com

Rappel des fruits et légumes toxiques : oignons et ail (dose toxique = 5 à 10 g/kg/j), raisin à la dose de 10g/kg ou 6 raisins sec par kg

 

Dose toxique de chocolat : 100 à 300 mg/kg avec comme dose mortelle 500 à 1000 mg/kg soit 15 à 30 g de chocolat noir/kg  puiqou 100 à 250g/kg de chocolat au lait.

Sources : Urgences toxicologiques du chien et du chat, Thomas Hubert

Traitement des urgences toxicologiques par Xavier Pineau et Marc Cogny

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