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La prise en charge du diabète sucré félin

avr 30, 2014   //   by admin   //   Chat  //  No Comments

Le diabète sucré est une des maladies endocriniennes les plus fréquentes chez le chat.

Le diabète du chat se caractérise par une hyperglycémie chronique (élévation du taux sanguin de sucre) et une glucosurie (sucre dans les urines) due à un déficit d’insuline (diminution de sécrétion) ou à son défaut d’action = insulinorésistance.
L’insuline est la seule hormone hypoglycémiante (qui fait baisser le taux de sucre dans le sang).
Elle est fabriquée par le pancréas, elle stimule la consommation du sucre sanguin par les muscles et elle empêche la fabrication de sucre dans le foie.

Le diabète peut aussi être secondaire à la prise de médicaments (corticoïde ou pilule contraceptive), à l’obésité (= cause d’insulinorésistance, 4 fois plus de risque de diabète chez un chat obèse), à une inflammation pancréatique et plus rarement à un déséquilibre hormonal.

Les particularités du diabète sucré félin :

La glucotoxicité est une particularité du chat. Une hyperglycémie prolongée, induite par exemple par des corticoïdes ou la pilule, détruit progressivement les cellules fabriquant l’insuline, d’où l’importance de la prise en charge rapide du diabète sucré félin.

Autre particularité : le diabète sucré félin pris rapidement et sérieusement en charge peut entrer en rémission !

Les chats stérilisés, prédisposés à l’obésité sont plus touchés après 6 ans, l’âge moyen du chat diabétique est de 10 ans et les Burmeses semblent sensible à cette maladie.

Les symptômes :

Votre chat urine davantage (action osmotique du suce dans les urines) et boit davantage pour compenser.

Mais 25 % des chats diabétiques ne présentent pas ces signes.

Votre chat maigrit  car, à cause du défaut d’insuline,  les muscles ne peuvent plus consommer le sucre sanguin, pourtant élevé. 40% des chats diabétiques étant obèses, votre chat peut rester en surpoids.

Votre chat mange davantage car le sucre sanguin, pourtant élevé, ne peut pénétrer dans le centre de la faim (hypothalamus) à cause du défaut d’insuline et ne peut plus procurer la satiété. Pourtant près de 30 % des chats diabétiques avant traitement ont un appétit capricieux.

De plus, le foie peut augmenter de volume, le poil devenir terne et votre animal fatigué.

 Le diagnostic :

Face à un tableau clinique évocateur, on mesure, par une prise de sang, la glycémie (= taux de sucre dans le sang), la fructosamine (qui reflète la glycémie moyenne dans le sang dans les 7 jours précédents) et on cherche une glucosurie (sucre dans les urines mesuré à l’aide d’une bandelette).

Un bilan élargi est recommandé :
Au moment du diagnostic, les affections intercurrentes et/ou complications sont à rechercher (infections urinaires présentes dans 13 à 24 % des cas et souvent sans symptômes d’où la recherche de protéinurie et bactériurie dans le culot urinaire), pancréatites (à rechercher en cas de signes digestifs associés), néphropathie (glomerulopathie membraneuse chez 19 % des chats diabétiques dépisté par l’analyse sanguine et urinaire (protéinurie)), stéatose hépatique, hépatite, neuropathie  (10 % des cas), hyperthyroïdie (à rechercher en cas de polyphagie et d’amaigrissement)…

Le bilan sanguin du chat diabétique montre fréquemment une élévation modérée des triglycérides, du cholestérol et des enzymes hépatiques.

Plus le cholestérol est élevé, moins le diabète a de chances d’être guéri.

L’analyse d’urines outre le dépistage d’infection urinaire permet de grader la gravité du diabète, la cétonurie sans acidose est possible et moins grave qu’une acido cétose lors de décompensation du diabète sucré.

 

TRAITEMENT :

Objectifs : contrôler les signes cliniques du diabète en évitant les complications de la maladie et du traitement (hypoglycémie)

 

Exercice :

L’effort physique augmente la sensibilité des tissus à l’insuline et stimule le métabolisme du sucre. Favoriser l’exercice physique est essentiel :

–       en jouant avec lui, en lui courant après

–       en cachant ses croquettes dans les anfractuosité d’une brique de construction ou dans un Pipolino®

 

Diététique :

Carnivore strict à l’état sauvage, le chat s’alimente régulièrement au cours de la journée par de petits repas avec une production régulière de glucose, sans pics hyperglycémique après le repas, et maintient une glycémie constante grâce à la néoglucogénèse.

L’alimentation du chat doit contenir peu de sucre et l’ alimentation a peu de répercussion sur la glycémie d’un chat normal.

L’aliment riche en fibre recommandé chez le chien diabétique pour ralentir l’absorption du glucose n’a pas le même intérêt compte tenu de l’absence de pic hyperglycémique après le repas chez le chat.
Une seule étude prouve l’intérêt d’une alimentation pauvre en sucre et riche en protéines chez le chat diabétique car elle améliore la glycémie et diminue les besoins en insuline. Ce régime riche en protéine est très utile pour stabiliser un diabète subclinique à condition de faire maigrir le chat.

Le fractionnement des repas doit toujours être respecté. Il importe de nourrir votre chat après les injections d’insuline mais aussi le long de la journée.

 

L’insulinothérapie :

 

L’insulinothérapie n’est possible que par voie injectable, si la perspective de « piquer » votre chat vous effraie, rassurez-vous.

Votre vétérinaire vous montrera la façon de procéder et vous essaierez sous ses yeux afin d’améliorer votre geste.

Rares sont les chats rebelles aux bons soins de leur maitres…

 

Chez le chat diabétique non acido-cétosique, on utilise une insuline intermédiaire même si une cétonurie est détectée à  la bandelette avec un bon état général. En fonction de l’état d’hydratation, une perfusion sera mise en œuvre et la cétonurie doit disparaitre en quelques jours.

L’insuline doit être injectée 2 fois par jour à 12 heures d’intervalle. La régularité est essentielle.

La dose prescrite initiale dépend de la glycémie, de la fructosamine mesurée et de l’intensité des symptômes : 0.25 à 0.5 UI/kg/12 heures.

Au delà de 5g/l de glycémieau moment du diagnostic, on peut commencer le Caninsulin® avec 0.5 UI/kg/12 heures, la Lantus® étant très biodisponible, on commencera toujours avec 0.25 UI/kg/12 heures.

C’est votre vétérinaire qui définit la dose à injecter.

 

Les insulines le plus souvent utilisées chez le chat sont : le Caninsulin® et la Lantus®.

 

Le Caninsulin® (insuline porcine) est la seule insuline avec une AMM pour les carnivores domestiques, elle possède 2 pics d’action environ 3 heures puis 6 heures après l’injection où la glycémie est la plus basse, moment théorique où il faut guetter les signes d’hypoglycémie (abattement, tremblement, convulsions) pour y remédier avec l’application de miel ou de sucre  sur les gencives.

Comment utiliser le Caninsulin® ?

– Avant ouverture, le flacon doit être conservé au réfrigérateur.

– Après ouverture, il se conserve au moins 42 jours à température ambiante à l’abri de la lumière dans son étui (voir 6 mois).

– Avant injection, retourner 10 fois le flacon pour remettre en suspension l’insuline

– Piquer dans le flacon avec la seringue graduée à 40U/ml montée d’une aiguille, retourner le flacon et charger la seringue de la dose prescrite, sortir la seringue montée du flacon.

– Injecter la dose prescrite sous la peau fine des flancs (à droite le matin et à gauche le soir ou l’inverse).

Il existe aussi un stylo injecteur muni d’aiguille approprié à la peau du chat : le Caninsulin®vetpen qui est plus facile d’utilisation surtout pour les petites doses

– Nourrir votre chat après chaque injection, de préférence avec un aliment riche en protéines.

 

La Lantus® glargine est une insuline humaine à libération continue dépourvue de pic d’action, cette insuline ne doit pas être diluée. D’après plusieurs études, cette insuline offrirait un meilleur taux de rémission du diabète sucré félin.

Comment utiliser la Lantus® ?

– Le flacon se conserve 6 mois au réfrigérateur.

– Avant injection, retourner 10 fois le flacon pour remettre en suspension l’insuline

– Piquer dans le flacon avec la seringue graduée à 100 U/ml montée d’une aiguille approprié à la peau du chat (au moins 12 mm), retourner le flacon et charger la seringue de la dose prescrite, sortir la seringue montée du flacon.

– Injecter la dose prescrite sous la peau fine des flancs (à droite le matin et à gauche le soir ou l’inverse).

Il existe aussi un stylo injecteur qui est plus facile d’utilisation surtout pour les petites doses mais il faut utiliser des aiguilles appropriées à la peau du chat  d’au moins 12 mm (12 ou 12,8)

– Nourrir votre chat après chaque injection, de préférence avec un aliment riche en protéines.

 

Quels sont les signes d’hypoglycémies et que faire si vous les reconnaissez ?

Il est essentiel de connaître les signes d’hypoglycémie : abattement, chute, incapacité à se tenir debout, tremblements, convulsions.

Le premier geste à accomplir est l’application répétée de miel ou de sucre dilué sur les gencives et dans la bouche.

Ensuite il convient de consulter votre vétérinaire.

 

Que faire si les injections sont impossibles ?

Le glipidize est un hypoglycémiant oral qui existe sous forme de comprimés à 2,5 ou 5 mg. Ils seront donnés 2 fois par jour en association avec un régime alimentaire hyperprotéique.

Cette alternative offre des résultats souvent décevants pour le contrôle du diabète et de fréquents effets secondaires sont observés tels que des troubles digestifs et de l’ictère.

 

Favoriser l’exercice physique, instaurer un régime hyperprotéique en respectant le fractionnement des repas dont un immédiatement après chaque injection d’insuline et l’incontournable insulinothérapie par voie injectable 2 fois par jour à 12 heures d’intervalle constituent les 3 axes de traitement du diabète sucré félin.

 

Le suivi du chat diabétique ou comment savoir si le contrôle du diabète sucré est satisfaisant ?

 

La disparition des signes cliniques liés au diabète : diminution de la prise de boisson et de l’appétit, stabilisation du poids sont d’excellents indicateurs.

 

La première évaluation, sauf complications, doit avoir lieu 10 à 15 jours après le début de l’insulinothérapie,  par la suite, au moins 15 jours de délai sont nécessaires pour mesurer l’impact de tout changement dans le traitement.

 

Le suivi vétérinaire est toutefois indispensable pour adapter le traitement et prévenir les complications : hypoglycémie  en cas de dose trop forte ou diabète acido-cétosique en cas de mauvais équilibre du diabète secondairement à une infection urinaire par exemple.

 

Le suivi vétérinaire comprend chaque fois :

–       une évaluation clinique avec pesée, évaluation de l’hydratation et examen clinique complet

–       une mesure de la fructosamine dans le sang et/ ou une courbe de glycémie  (6 prises de sang toutes les 2 heures avec le Caninsulin et 3 avec la Lantus® (avant insuline, 4 et 8 heures après)

–       une analyse d’urine  (culot et bandelette) surtout s’il y a persistance ou réapparition des signes cliniques

–       d’autres examens complémentaires suivant l’état de votre chat

 

En pratique, la mesure de la fructosamine nécessite une unique prise de sang lors du rendez-vous de suivi, elle est facile, pratique et non stressante pour votre chat.
Si il n’existe pas de valeur idéale de la fructosamine à obtenir, en parallèle à la disparition des signes cliniques, la fructosamine d’un chat diabétique doit diminuer significativement.

 

En pratique, la courbe de glycémie nécessite l’hospitalisation de votre chat

–       pendant 12 heures si vous utilisez le Caninsulin® pour une première mesure de la glycémie le plus près possible de l’injection d’insuline puis 5 autres espacées de 2 heures chacune. Pour limiter le stress, pouvant induire une hyperglycémie transitoire et interférant avec le traitement, on pose généralement un cathéter de gros calibre le matin par lequel la récolte de sang se fera ultérieurement. La coopération de votre chat est alors essentielle et pas toujours prévisible.

–       Pendant 8 heures si vous utilisez la Lantus® pour une première mesure de la glycémie avant l’injection d’insuline, 4 et 8 heures après.

 

La courbe de glycémie est le seul moyen de connaître la durée d’action de l’insuline chez votre chat, elle permet de mesurer l’efficacité de l’injection que vous avez réalisée et de rechercher une insulinorésistance. Elle doit toujours être interprétée en fonction des signes cliniques.


Si le diabète sucré de votre chat n’est pas équilibré, technique et méthodes d’administration doivent être vérifiées en premier, si elles sont bonnes, la dose injectée sera modifiée.

La dose d’insuline est généralement modifiée par paliers de 20 % parfois de 50 % :

–       on augmente la dose d’insuline si les signes cliniques persistent et si la fructosamine ne diminue pas

–       on diminue la dose de 20 % en cas de signe d’hypoglycémie associée à une  diminution de la fructosamine ou une hypoglycémie avérée sur la courbe

Les diabètes en rémission s’accompagnent d’une diminution progressive de la dose jusqu’à arrêt complet de l’insulinothérapie tandis que le régime hyperprotéique est maintenu.

Si la durée d’action du Caninsulin® est trop courte, la Lantus doit être instaurée.

Il arrive que le diabète ne soit pas équilibré avec des doses de 2U/kg/12 heures, la courbe présente alors une faible amplitude avec des glycémies élevées. On parle d’insulinorésistance. Inutile d’augmenter encore les doses ni de changer une nouvelle fois d’insuline, il faut chercher les causes d’insulinorésistance pour y remédier.

Les causes d’insulinorésistance chez le chat sont par ordre de fréquence :

–       hypercorticisme dans 17 % des cas (de diagnostic très difficile)

–       insuffisance rénale, hépatique ou cardiaque dans 15 % des cas

–       infection dans 9 % des cas

–       acromégalie

–       hyperthyroïdie

–       médicaments

–       pancréatite chronique

 

En conclusion, la prise en charge rapide du diabète sucré félin repose sur l’instauration précoce de 2 injections d’insuline sous la peau à 12 heures d’intervalle associée à un régime alimentaire riche en protéine et une stimulation de l’exercice physique.

Un suivi initial serré du poids, des symptômes, des paramètres sanguins et urinaires permet d’obtenir parfois une rémission du diabète et très souvent une stabilisation.

L’insulinorésistance est possible mais certaines de ses causes sont facilement remédiables si elles sont prises en charge rapidement.

Si la prise en charge initiale est un peu lourde, elle s’allège ensuite et un chat diabétique équilibré peut vivre plusieurs années.

 

 

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